Le billet du Père Thépaut

Billet du Père D.Thépaut

L’amour est-il inégal ?

Drôle de question ! L’amour cela doit être simple : je t’aime, tu m’aimes, et puis nous voilà armés pour une vie de bonheur. Chacun communie à cet amour qui semble inépuisable... Et puis, on ne sait quand, s’ouvre la boîte à reproches dans le couple, dont l’expression la plus sensible est : « Je n’y trouve plus mon compte… après tout ce que j’ai fait pour toi… ce n’est plus possible… je pars ! »
L’amour ne rend jamais de comptes justes : il est toujours inégal, sa nature même est de mettre celui qui aime en déficit de lui-même. Aimer, c’est s’oublier soi-même, ne pas compter ses heures d’espoir et de soutien. Aimer, c’est « investir » dans celui que son cœur aime, être à cœur et à corps perdu, ne pas retrouver sa mise. Aimer, c’est se perdre soi-même.
Aujourd’hui c’est moi qui t’aime encore plus, car tu as besoin d’être aimé pour vivre, car je tiens à toi, même si tu n’es plus aimable, même si tu es en grande détresse affective. Un autre jour, c’est toi qui viendras m’aimer et me sauver par ton amour. Dans un couple, nous voici confiés l’un à l’autre, nous voici nous dépensant, nous perdant l’un pour l’autre…
Cela a un goût de Dieu : aimer c’est donner sa vie (ou donner la vie). Aimer c’est pardonner (et « par-donner » c’est donner encore, malgré la déception).
F et H, dans le couple, dans la vie familiale et sociale, dans la vie de l’Eglise, nous sommes confiés les uns aux autres. En acceptant de mourir d’aimer, en allant contre nos intérêts, nous faisons vivre ce qui nous dépasse : nous collaborons à l’œuvre divine de celui qui a « aimé les siens qui étaient dans le monde, et qui les a aimés jusqu’au bout ». (Jn 13,1)
Père Dominique Thépaut

Edito
Faire bénir mon cartable d’école ?
On bénit les maisons et les bateaux, des autos et des motos, et bien d’autres choses. Notre archevêque de Rennes a même béni des tracteurs agricoles… la bénédiction est-elle la forme la plus superficielle de la religion à laquelle on tient encore quand on a moins de foi ? Un besoin de protection, sinon une bienveillance demandée aux forces de la nature plus qu’à Dieu ?
La bénédiction n’est pas une parole magique, c’est simplement « dire du bien ». C’est un don qui touche à la vie et à son mystère. Bénir c’est ouvrir notre avenir à la générosité qui s’y épanouira.
« Padre, pouvez-vous venir bénir notre camion ? » me demandent les marsouins d’une section de combat avant de s’engager dans une mission dangereuse dans le sud de l’Afghanistan. « Oui, je viens bénir votre camion, mais mettez-vous donc devant le camion pour la bénédiction » ; et bien sûr ma bénédiction est plus pour ces soldats que pour leur camion. Car seuls les êtres vivants sont susceptibles de recevoir une bénédiction.
« Monsieur le curé, pouvez-vous bénir cette médaille de baptême ? - Oui, mettez-la au cou du nouveau baptisé pour que je puisse la/le bénir ». « Monsieur le curé, on vous aurait bien demandé de venir bénir notre maison, mais nous la pensons déjà bénie – Oui, mais vous, vous n’avez pas reçu la bénédiction pour cette maison. Je viens ! »
A la messe de rentrée des catéchismes à Lanhouarneau, le prêtre va bénir des cartables tenus en main par des écoliers, et emplis de tout ce qui fait la vie d’une année scolaire. Il y aura un livre de catéchisme dans ces cartables, parmi d’autres papiers et crayons. La parole de bénédiction ouvre la vie intellectuelle des jeunes à la générosité et à l’action de Dieu.
La prière pourrait-être celle-ci :
"Seigneur Jésus, toi qui as connu une vie d’enfant, toi qui sais accueillir les plus petits, toi qui veux habiter au milieu de tout ce que nous faisons et apprenons, viens élargir notre cœur et notre intelligence, donne-nous la joie de la connaissance et des découvertes nouvelles, et bénis ces cartables ; et bénis bien plus encore les élèves pendant toute cette année "
Père Dominique THEPAUT