Le Billet

            Ne vous mettez pas vous-mêmes à la poubelle !

       Attitude dépréciative chez beaucoup d’entre nous qui n’estiment jamais « être à la hauteur ». Certains passent le temps à s’excuser de n’être pas parfaits, de ne pas avoir fait suffisamment : belle introspection morale, à condition qu’elle ouvre sur un épanouissement…
        Y aurait-il une jouissance particulière à dire que l’on rate toujours ce que l’on entreprend, pour signifier, un peu orgueilleusement, que nous aurions pu mieux faire ? Posture de cuisinière qui veut être louée du plat qu’elle a loupé ?
         Souvent entre en coïncidence ce que nous faisons et ce que nous sommes. Quel élève n’a pas cru qu’il valait simplement 4/20, s’identifiant ainsi, à tort, à la mauvaise note qu’il venait de recevoir pour son travail.
        Mais que dire de celui qui se dévalorise devant Dieu, en estimant Dieu si pur, si parfait…  …et si loin de sa pauvre personne, de telle manière que tout contact avec le Très-Haut devient exagérément déférente et sans simplicité.  Comment le Créateur peut-il entrer en relation avec sa créature si l’homme s’en éloigne par excessif pessimisme ?
       « Avancez donc », dit le prêtre au paroissien qui reste au fond de l’église, « vous verrez mieux si vous venez plus près de l’autel ». Refus de ce chrétien.
On raconte qu’un fidèle soucieux de ses droits acquis aurait répondu : « Va zad-koz e-neus kreinchet aman, va zad e-neus graet kement-all, ha me a jomo aman ive ! » C’était au temps où l’on écoulait beaucoup de ‘tabac-carotte’ : cet homme savait que la salive parfumée de ses ancêtres avait marquée de bien des jus de chiques l’endroit précis où il continuait à se tenir ; et il est vrai que chaque famille, selon son rang social, savait de tradition où se placer à l’église.
        Plus récemment, j’ai vu des paroissiens se tenir dans la nef à la place qu’ils estimaient conforme à la valeur de leur foi. Admirable ! Un jour j’ai entendu quelqu’un me dire qu’il avait besoin des piliers pour pleurer en s’y cachant derrière. Mystère de notre relation amoureuse à Dieu, faite de joie et de dépit, de proximité et d’éloignement.
         Il est cependant interdit de se déprécier devant Dieu, car Dieu veut précisément nous valoriser. Il nous a créés à son image et à sa ressemblance. Et Le Christ nous a aimés à en mourir. Toute vie, quelles qu’en soient les péripéties, est déjà réussie, car elle dit la gloire de Dieu qui s’accomplit en chacun de nous.
P. Dominique THEPAUT