Billet du Père D.Thépaut

Aurons-nous la messe à Santec pour la Toussaint ?

« Oui, avant on avait la messe chez nous toutes les semaines, et maintenant, c’est une fois par mois, quand même, alato Aotrou Persoun, c’est pas juste ! » Et le curé écoute, compte le nombre de prêtres disponibles, et ne répond pas tout de suite à la légitime demande, car ce n’est pas seulement à Santec qu’on lui pose la question, mais dans les dix-neuf églises de sa grande paroisse. Beaucoup de fierté ou d’émulation entre nos clochers…
Et quand on lui dit qu’à Saint Pol il y a beaucoup de messes, et pas assez ailleurs, il répond : « Kastell a goumand », que l’on traduit par « C’est à St Pol que l’on fixe les prix (des légumes !) ». Les paysans, les expéditeurs et les marchands des autres communes devaient s’aligner sur la capitale du Léon.
Quelques convictions cependant :
- Il ne s’agit pas de ramener les pratiquants en un seul lieu : Notre foi chrétienne est incarnée dans des petites communautés très locales, qui ont leur histoire et leurs habitudes. Nous devons respecter cela.
- Et puis le nom de la paroisse nouvelle, ce n’est pas « Saint Pol », mais « Saint Paul Aurélien » : la paroisse n’a pas la forme du nom de sa grande ville.
- Nous conservons le principe « d’au moins une messe par mois dans chaque église locale », tant que cela ne devient pas trop lourd pour les prêtres : ce n’est donc pas toujours aux mêmes de se déplacer.
- Même si certains chrétiens pressés nous disent qu’il faut aller de l’avant et prendre des décisions courageuses pour rationaliser (diminuer ?) les messes de la paroisse, et ainsi bâtir « l’Eglise de demain », nous disons qu’il faut d’abord faire vivre « l’Eglise d’aujourd’hui ». Notre finalité n’est pas d’abord d’anticiper l’avenir ou de gérer comme dans une entreprise, mais de distribuer ici et maintenant la grâce de Dieu par les sacrements, dans le respect de notre foi et de nos traditions. Pour le reste, laissons-nous conduire par l’Esprit, car l’avenir appartient à Dieu.
Alors, Monsieur le curé, Aurons-nous la messe à Santec pour la Toussaint ?
 - Gweled e vo ! (on verra bien ! avec nuance légèrement positive…).
Père Dominique THEPAUT


EDITO
« ILS SE TAISAIENT »

L’évangile rapporte la leçon d’humilité que Jésus donne à ses apôtres tandis qu’« ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand » (Mc 9,30-37). À la question que Jésus pose : « De quoi discutiez-vous en chemin ? », le texte rapporte que les disciples « se taisaient », devinant que le sujet de leur discussion ne pouvait plaire à leur Maître.
De fait, Jésus prend la chose très au sérieux. S’étant assis il leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Cet évangile résonne dans nos communautés à un moment où le pape François pointe du doigt le cléricalisme dans l’Eglise comme source d’abus d’autorité et de pouvoir.
Selon ses mots, le cléricalisme est une attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple ». Le Pape rappelle ainsi l’égalité de tous devant le baptême.
Le cléricalisme n’est pas une déviation propre aux clercs. Il s’agit d’une tentation humaine dans la mesure où tout individu est tenté d’abuser de son pouvoir, qu’il soit d’ordre politique, professionnel, associatif ou religieux. Sous couvert de dévouement aux autres, le risque existe d’enfermer la liberté de l’autre.
Nous avons cependant grand besoin de personnes qui servent leurs frères à des postes auxquels des reconnaissances publiques peuvent être attachés, y compris dans notre paroisse.
Un contrepouvoir existe pour éviter les dérapages : c’est la question de Jésus qui renverse les perspectives, met le service avant les honneurs, et disqualifie ainsi nos bavardages trop avantageux : « ils se taisaient ».

Père Dominique THEPAUT