Le Billet

« Le sermon de Monsieur le curé est trop long ! »
…disent des paroissiens qui regardent leur montre quand le prêtre se met à prêcher. Certains énoncent même des règles : « un bon sermon ne doit pas dépasser sept minutes ; il doit être concret ».           L’attention portée par l’assemblée au prédicateur est toutefois mesurable : quand il n’y a plus de toussotements ni de mouchoirs qui sortent, quand on n’entend plus les petits bruits que génère tout groupe humain, un bon sermon de 15 minutes n’est jamais trop long.  Inversement, un mauvais sermon de 5 minutes est déjà insupportable. (Dans certaines paroisses au siècle dernier, les chrétiens d’ici frottaient leurs sabots sur le sol de l’église pour faire comprendre qu’ils en avaient assez : on appelle cela un « sabotage »).
          Les prises de parole de vos prêtres sont bien plus longues que celles que Jésus prononce en commentant le livre du prophète Isaïe. Il dit tout simplement : « Cette parole de Dieu que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. (Luc 4, 21) ». En une seule phrase, Jésus venge tous les paroissiens fatigués des longueurs de leurs prêtres !
          Quand Jésus commente la parole de Dieu, il ne se livre pas à de savantes considérations littéraires ou théologiques ; il ne fait pas de morale ; il ne cherche pas à creuser chacun des mots pour donner à goûter une substantifique moelle. Il ne se préoccupe pas d’augmenter notre savoir religieux : il provoque un événement.
          Il provoque un événement en nous mettant en face d’une parole qui s’accomplit. Je pense que chacun de nous est à la recherche de la parole de l’Evangile qui s’accomplit en lui, qui s’inscrit dans son histoire personnelle et lui dit enfin qui il est et ce à quoi il est appelé. Chacun de nous recherche cet « événement ».
            Dans le film « Le crabe-tambour », le commandant du navire d’assistance aux pêches (Interprété par l’acteur Jean ROCHEFORT) sait qu’il va bientôt mourir d’un cancer. Le médecin du bord, qui le voit lire la Bible, lui demande : « Cela vous aide ? » Le pacha répond : « Je ne peux plus rien lire d’autre ». 
           Cet officier de marine ne cherchait pas des connaissances nouvelles en lisant ou relisant la Bible : il voulait enfin savoir quelle était la parole de Dieu qui résumait sa vie, celle qui s’accomplissait en lui, celle qui le sauvait.

 Père Dominique THEPAUT